Ça fait bientôt 1 mois qu’on se prépare à partir. Ça a d’abord commencé par une vague idée qui flottait dans l’air. La folle idée de retourner à Vancouver, cette ville qui m’avait tant plus en 2011. Alors que je décollais sous le soleil couchant pour retourner en France, je m’était promis d’y revenir. Entre-temps, beaucoup de nouvelles choses. Je rencontre Frédérique, qui était venue s’installer à Strasbourg pour les scouts. On passe du temps ensemble, une fois à Strasbourg, une fois à Karlsruhe. Il n’en fallait pas plus pour que nous tombions amoureux l’un de l’autre. Le Diplomarbeit, synonyme de projet de fin d’études passe par là, et me focalise. Je parle de Vancouver à Frede, et l’idée d’y aller lui plaît. Il faut dire que si elle n’était pas allée au Brésil en 2009, c’est sur le Canada que son choix se serait directement porté.
Les projets sont mis en pause quand la fin du diplomarbeit approche : pas le temps de gamberger et d’élaborer notre projet commun. Heureusement, une visite à Quentin et Anouk à Munich était planifiée de longue date. C’est dans les Alpes bavaroises que notre projet revoit le jour. Sous les questions pointues et réalistes de nos deux amis, nous nous rendons compte qu’il est temps de faire un choix et de penser sérieusement à la suite : pas de fausses excuses et d’immobilisme, il s’agit de prendre les choses en main. L’une des principale idées qui ressortait était qu’il est plus simple de commencer par s’expatrier avant de revenir au pays que l’inverse. Et comme l'expatriation nous tentait bien, nous avons donc pris la décision en rentrant de réellement lancer le projet Vancouver. Une des premières étapes formelle du projet a été la démission de Frede de son poste strasbourgeois. A partir de là, la machine a été lancée, et poussée soit par Frede, soit par moi, soit par nous deux conjointement !
L'étape qui a eu le plus de valeur avant notre départ a été celle de la demande du permis de travail. En effet, plusieurs choix s'offraient à nous :
- pour Frede
- partir avec un PVT (Permis Vacances Travail)
- trouver une offre d'emploi à distance et postuler à un permis JP (Jeune Professionnel)
- prendre un visa touriste et trouver du boulot sur place (peu recommandé par les autorités)
- pour moi
- prendre un permis JP (Jeune Professionnel) car j'avais déjà une offre d'emploi sur place
Le problème, quelque soit la solution ici choisie, aurait été de devoir partir à des dates différentes. En effet, suite à un passage des inscriptions du format papier au format électronique, l'ouverture des permis s'est fait en décalée, et les 2000 premières places du PVT n'ont été délivré que samedi dernier, pour un départ prévu 1 mois plus tard, soit début mars. Avec plus de 15000 postulants, les chances de Frede d'avoir un permis auraient été très faible, et nous ne voulions pas jouer notre avenir ici sur un coup de chance. Trouver un travail à distance sans avoir été sur place relève aussi du parcours du combattant : pas de coordonnées sur place, une autre culture, le décalage horaire (- 9h).
Nous avons donc remué nos moustaches pour trouver un contact à l'ambassade du Canada en France, qui nous a proposé un permis de travail joint. Il suffisait que l'un de nous ait une offre d'emploi et prouver que nous étions conjoint de fait pour y arriver. Alors, après avoir refait nos CVs, rempli une demi-douzaine de formulaire, prouvé que nous étions conjoints de fait, on est arrivé au moment fatidique :
| Le dernier clic pour valider notre dossier d'immigrant ! |
Le lendemain, on recevait une réponse positive sous la forme de deux belles lettres d'introduction, c'était parti ! A partir de là, nous sommes rentrés dans l'opérationnel : préparation des déménagements, visites de nos familles à Noël, organisation d'un Nouvel An festif au Markstein, petit Tour/s en/de France. Nous avons le plaisir de revoir certain de nos amis, et hélas de ne pas en revoir d'autres, mais ça fait partie des aléas d'un départ à l'étranger.
La dernière semaine est passée à toute vitesse, il a fallu scanner les derniers documents, ranger sa chambre, archiver ce qui devait l'être, changer d'opérateur ou de forfait, faire des procurations, bref, ranger derrière soi avant de s'envoler.
Vendredi, 2 jours avant le départ, la famille commence à se rassembler. La maman de Frédérique nous rejoint à Mulhouse, mon père revient de Lyon, Juliette rentre, avec un peu de retard de Strasbourg. Samedi matin, on se dit avec Frede qu'un passage chez le coiffeur nous ferait le plus grand bien. Vous pourrez donc admirer un joyeux tableau avant/après.
| Avant |
| Après (on notera la frange de Madame et la moustache de Monsieur) |
Comme Frédérique avait pu le redouter, j'ai pris trop de temps à faire mon sac. J'ai eu la folle idée de vouloir prendre mon vélo de course avec moi. Hélas, les pédales n'ont pas voulu s'enlever pour rentrer dans le carton de transport. Nous sommes donc passé chez Diebolt, grand marchand de cycle du Sundgau, qui malgré tout ses efforts n'a pu en enlever qu'une. Mais par chance, il m'a donné tout le matériel nécessaire pour bien l'emballer. Et ce qui est bien avec un carton de vélo, c'est qu'on peut y mettre beaucoup de choses. Nos chaussures de marches, mon réchaud, mes pantalons de pluie et sur-chaussures, mes chaussures de courses ont donc tenu compagnie à mon destrier bleu.
Un passage à la fondation Beyeler à Bâle nous permet de souffler un peu, et le dernier passage au moulin à Hésingue est émouvant, je dis au revoir à mon grand-père, qui voit son petit-fils partir pour le Nouveau Monde, les Amériques. Maman a préparé un très bon Bäckehoffe, et on se régale autour d'une table bien pleine. Comme dirait mon colloc Jean-François, on s'est bien cassé le ventre. Ces derniers moments en famille prennent une saveur particulière, et la proximité du départ les rend unique. Un bon vin blanc, d'Alsace bien sûr, vient ajouter à notre bonne ambiance et me fait presque oublier que je dois encore boucler mes sacs. Pendant encore une heure, j'accepte le fait que maintenant oui, je dois partir, et que non, ce n'est plus le moment de ranger mon bureau ou de trier mes cahiers de primaire.
| Le dernier repas en famille : un régal ! |
Dimanche matin, c'est le grand jour. Les douches sont pleines, la maison se réveille. David et Nina, des amis, nous rejoignent de Mulhouse pour le petit-déjeuner, avec croissants et pains au chocolat s'il vous plaît ! Ce sont les derniers avant le départ. Je cours vite raser ma moustache, on se répartit dans 2 voitures et une camionnette pour les bagages. Merci Brice pour ce coup de main de dernière minute. Dans le doute, je recompte les bagages pour être sûr qu'il n'en manque aucun. Arrivés à l'aéroport, notre cortège se met en route vers l'enregistrement. Tout le monde est réquisitionné pour porter un bagage ou un sac. On fait le point devant le comptoir quand soudain un appel micro retentit, je rigole en commençant "Frédérique et Antoine ..." mais la voix dit bien : "Frédérique et Antoine Egon sont attendu au bureau d'information". Grand branle-bas de combat, je file avec ma mère trouver ce bureau d'information quand on réalise que Juliette, ma soeur, a disparu. Pas d'inquiétude, ça ne peut être qu'elle qui a fait le coup ! On se re-mobilise, les bagages font tous 22kg quand la limite est à 23kg, et le vélo file aux encombrants (pas les déchets hein!). Le scanner dévoile la supercherie des chaussures, mais ça passe sans problème. On file donc au dernier étage pour faire les derniers clichés.
| Départ de Bâle-Mulhouse |
On s'étreint, on se donne de derniers conseils et directives. Les "Frede, fait attention à Antoine !" se succèdent aux "Antoine, fait attention à Frede !". Les yeux s'humidifient et rougissent soudain. Les étreintes rendent le départ plus réel, et l'on tente tous de faire un dernier plein de ces sens que l'ordinateur ne remplace pas encore : le toucher et l'odorat. Tandis que l'on prend le chemin de la sécurité, les mains se lèvent et s'agitent. On se regarde avec Frede, "Cette fois, ça y est !" On court pour rejoindre avion. Les nuages qui recouvrent le Sundgau ne nous permettent pas de deviner les villages, les routes et le moulin vu d'en haut. En avant !
| Le vélo s'en sort bien tout seul ! |
On patiente à Heathrow en avalant un bon burger. Le sommeil nous tombe déjà dessus, ces dernières semaines ont été intenses, et il est enfin temps de souffler un peu. Pour spectacle, nous avons une ligne sans fin d'avion qui atterrissent l'un après l'autre devant nous. L'avion de Vancouver a un peu de retard, des ingénieurs sont à bord pour résoudre un problème de lumières. Une heure plus tard on embarque et on se prépare à un vol de 9h. A bord, on se croirait à un vol pour New Dehli ou Calcutta : il n'y presque que des Indiens ! Trois films et un repas plus tard, on atterrit enfin à Vancouver. Il fait nuit et la ville est immense ! On voit au loin les stations de skis éclairées. J'essaie de m'y retrouver, mais ça n'est pas facile. Quand l'avion s'immobilise, pas de chance, notre voisine peu bavarde se fait vomir dessus pas un enfant qui court dans le passage. On l'aide comme on peut, mais l'odeur n'est pas très agréable. Notre parcours d'immigrant commence à la douane. 2 guichets ouverts pour 3 avions, ça n'est pas beaucoup. Après 1 heure de serpentin, derrière notre fameuse voisine et son baume envoûtant, on nous envoie au bureau des permis de travail/études. 12 personnes/familles, 2 guichets, 10 minutes par personne, le calcul est vite fait : 1h d'attente. Je récupère tout les bagages en attendant. Nous sommes toujours derrière notre amie et son odeur. On apprend qu'elle rejoint son mari à Vancouver. A notre tour de passer. On croise les doigts, on s'approche, on a tous les papiers avec nous. Tout se déroule comme sur des roulettes, en 10 minutes, sans questions particulières, on a notre petit papier qui indique "Work Permit". On file rejoindre Alex, un ami arrivé en 2011 en PVT avec sa copine Maud en même temps que moi. Il est venu nous chercher en voiture et c'est chez eux que nous logerons avant de trouver un appart. Leur aide est extrèmement précieuse, et 20h après avoir quitté Mulhouse, on arrive enfin chez eux. Nos paupières sont lourdes, mais ça y est, on y est : Vancouver, nous voilà !
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