dimanche 24 août 2014

A nous les Rocheuses !

par Antoine

Après plus de 6 mois au Canada, il était enfin temps de se rendre dans les Rocheuses, et de les découvrir pour Frede. Avec une semaine de vacances, nous avons décidé de mélanger vélo et découverte. Le trajet Kamloops-Jasper semblait bien correspondre à nos envies (pas trop loin de Vancouver, de la nature, et ... les Rocheuses !). Une fois les tickets de bus Greyhound réservé, le projet était lancé ! Grosso modo, 450km en 5 jours, deux fois 60km puis 3 fois 100km environ, mais vous remarquerez que les plans ne fonctionnent pas toujours comme prévu !

Kamloops-Jasper: les détails

Comme d'habitude, je me réveille une semaine avant le départ, réalisant que nos vélos actuels, bien que très jolis, nous laisseront probablement tomber dans les premières difficultés (pas de porte-gourde, pas de pédale auto, plateau double, pas bon pour les genoux, trop lourds, rayons qui cassent, freins qui s'usent, pièces non-standard...). Même si on les aime bien, la liste était trop longue pour les garder. J'épluche donc les annonces Craiglist, et tombe sur deux vélos sympas: deux cyclo-cross (comme des vélos de course, mais plus robustes et avec des pneus un peu plus gros). Celui de Frede est un Trek alu, 3 plateaux, que l'on aménage un peu (garde-boue, porte bidon, porte-bagage, porte-à-porte.. euh je m'égare, et nouveaux pneus). Le mien est un Surly Cross Check, super bien équipé, pas de changements à faire, mais un peu petit pour moi, et il est trop tard pour en trouver un autre. La semaine file, on doit préparer notre appart pour notre hôte Airbnb (il n'y a pas de petits profits), emballer les vélos, et bien sûr préparer nos sacoches. On décide de voyager léger, et on n'emporte que le minimum (4 sacoches pleines, une tente, et deux tapis mousses qui dépassent). Samedi matin, on se réveille à 6h et on prend le taxi jusqu'à la station Greyhound. C'est parti pour les vacances !

Arrivée à Kamloops, il s'agit de remonter les vélos !
On débarque à Kamloops, après être passé juste à côté du Ranch dans lequel j'avais passé deux mois lors de l'hiver 2010/2011. On va être hébergé chez David, un ami rencontré au sweat-lodge, un "sauna" indien traditionnel, lors de mon premier passage ici. Même après 3 ans, il me propose sans problème de venir chez lui. On peut donc souffler un peu, récupérer de la semaine qui vient de passer (et du réveil matinal), prendre des nouvelles et faire quelques courses. Le supermarché du coin est vraiment bien fourni, et on fait de bonnes provisions, à base de semoule, raisins secs, gruau sirop d'érable/cassonade, barres, saucisses, fromage et crackers wasa. On profite de quelques tomates et pêches du jardin de David qui sont excellentes, pas comme les fruits que l'on trouvait jusqu'à présent, qui n'avaient pas toujours eu le temps de bien mûrir. Le soir, on va manger chez un ami David, Dale. Sa maison est juste devant l'intersection de la North Thompson et de la South Thompson River, la vue est magnifique, et la musique d'en festival de l'autre côté nous berce doucement. 

Le lendemain, il faut bien partir ! On équipe nos vélos, que nous n'avions jamais vraiment testés chargés, mais ça à l'air de tenir. On remercie notre hôte, et filons vers le Nord ! 

A gauche, le vélo d'Antoine, à droite celui de Frede.
Saurez-vous les reconnaître ?

Avec de jolis maillots !

En fait, on fait une pause 5km plus loin chez Neil, l'organisateur des sweat-lodges. Frede, qui n'a pas encore l'habitude des pédales automatiques, est surprise par mon virage soudain à gauche, et tombe sur le chemin de terre à l'entrée de chez Neil. Plus de peur que de mal, mais ça n'est jamais agréable... On prend un deuxième petit-déjeuner, discute un peu des nouvelles du coin et du ranch, visite le nouveau sweat-lodge, et nous revoilà déjà sur la route, mais pour un peu plus longtemps cette fois-ci ! Le paysage autour de Kamloops est plutôt désertique, avec de grandes collines/petites montagnes, ce qui en fait le terrain de jeu favori des VTTistes. On prend la Highway 5 - Yellowhead, qui l'on suivra 4 jours jusqu'à Valemount. Au moins pas besoin d'être un expert en carte (enfin c'est ce que je pensais).


Premier camping à Barrière, BC

Après 60km bien tranquilles et une bonne sieste, on arrive à notre premier camping. Le classique, une vieille dame à l'entrée, un emplacement au bout du bout à côté de la rivière, des sanitaires bricolés avec pleins de notices écrites à la main et des branchements douteux (aussi bien pour l'électricité que pour l'eau), mais plutôt sympa. Douche dans la rivière avec un savon biodégradable le soir, yoga le matin pour Frede et on est reparti sous l'oeil avisé d'un aigle campé sur une branche voisine.

On mange à midi au bord de la North Thompson, en observant un "ferry" qui fait office de pont. C'est en fait juste une plateforme attachée à une poulie sur un câble qui traverse la rivière. Une voiture à la fois, on n'est pas pressé ici ! Quand on arrive à notre destination du jour, Clearwater et son Dutch Lake qui donne de vraies envies de baignades, mes vieux démons remontent : "Il n'est que 13h30, c'est pas le moment de s'arrêter, on va prendre de l'avance". Je convaincs Frede et on passe le lac avec des regards envieux, sans même s'arrêter. On roule bien, même si on regrette un peu. Le paysage commence à changer, et la petite vallée plate et habitée, commence à se vider, les sapins arrivent doucement, et les villes/services se font plus rares. On continue sur notre lancée. Vers 17h30, on se dit que ce serait quand même bien de trouver un camping, mais rien à l'horizon. On passe un village qui n'en a pas, et on se dit qu'on verra au prochain. A 18h30, après 100km, on se dit qu'on prend ce qu'il y a, mais la vallée s'est encaissée, les montagnes caressent la route et la rivière, et il n'y pas de place pour s'arrêter... Les gourdes sont presque vides, il commence à faire un peu plus froid, les signes sont là pour une bonne tendinite (soif, froid, fatigue, ...). On décide finalement de prendre un Advil tous les deux et de pousser jusqu'à Avola (129km). On entre dans une station service pour chercher un camping. Le gars nous propose de dormir dans son jardin, juste derrière, mais bizarrement en évitant notre regard. On s'exécute, ravis d'être enfin arrivé. Douche au robinet, repas rapide, et la pluie commence à tomber. Zut, j'avais mis la tente sous la gouttière qui fuyait ! On déplace en vitesse et on se met à l'abri sous la terrasse. Frede se fait manger par les moustiques (note: les moustiques canadiens, se qui font vraiment mal !), donc on disparaît dans la tente sans demander notre reste ! Quelle journée !

Le camping de la station essence, le lendemain !
La route continue, on fait une petite étape pour compenser. On arrive à Blue Water, et on découvre un village consacré à l'héliski. On en profite pour se baigner dans le petit lac de la ville et se reposer un peu. L'épicerie du village est un sketch. Tenue par un couple de personnes âgées, c'est un bazar, tout est stocké à l'arrache, les bananes n'arriveront que demain ou jeudi, les pommes sont d'un côté, les pêches de l'autre, les prix sont notés à la main, et la femme nous dit : "N'écoutez pas mon mari, il est fou". Un beau tableau !

On quitte la Highway 5 à Valemount, mais on reste sur la Yellowhead !

Le lendemain, on arrive à Valemount, avec un petit vent de face bien constant, qui nous oblige à bien rester groupés. Au camping, on retrouve notre spot préféré : au fond, à côté de la rivière. En regardant un peu, on voit des poissons sauter dans tous les sens : des saumons ! Nous ne savions pas que c'était un des endroits rêvés pour en voir ! C'est le domicile du Chinook, qui s'escrime à remonter les rivières depuis Vancouver, la Fraser River principalement. Ils ont fait 1400km pour revenir où ils sont nés, juste devant notre tente ! 

Je suis Frédérique Egon, et j'approuve ce camping !

En réalité, il remonte encore 500m pour trouver l'endroit parfait, aménagé par Bruce. Bruce est un passionné de saumon, et avec sa fille, donne un petite présentation sur les saumons à 19h, à deux pas du camping. Sur un deck donnant sur la Swift Creek, on voit une bonne soixantaine de saumons s'agiter sans bien comprendre de quoi il s'agit. C'est pourquoi on tend l'oreille pour en savoir plus ! Le saumon naît de petits oeufs déposés dans le sable, dans un courant de 2 à 5km/h, ni trop chaud ni trop froid. Il se développe, fonce 1m dans le sol, et ne sort qu'au bout de 3 à 4 mois (vers mars/avril). Il descend ensuite la rivière, fait connaissance avec l'eau salée à Vancouver, s'adapte puis passe 4-5 ans dans le Pacifique et l'Arctique. Certains vont même jusqu'en Corée ! Puis, après 4-5 ans, il décide de revenir. L'année du retour, il double son poids en mer, et en perd un tiers pour arriver à son lieu de naissance, en ne remontant les rivières qui s'il reconnaît l'odeur de la sienne. Arrivée vers la mi-août (comme nous !), il va alors se reproduire. C'est la mission de la femelle que de trouver un endroit propice pour pondre (3000 oeufs s'il vous plaît) ! Pour avoir le bon courant et protéger les oeufs, elle se met de côté et bat de sa queue pour chasser le sable et faire un petit nid ! Les mâles font la queue derrière le nid, prêts à foncer dès que des oeufs y sont déposés. Nous avons pu en voir quelques uns, et leur agitation caractéristique est impressionnante. Bien sûr, c'est la bataille pour savoir quel mâle va y aller, mais le plus fort s'impose, jusqu'à ce qu'il meurt. En effet, le mâle meurt dans les 6 heures après avoir donné sa semence, tandis que la femelle tient 10 jours après son dernier oeuf. Ils sont tous mal en point, après avoir bataillé pour remonté la rivière sans se nourrir, s'être cognés sur les rochers et avoir battu le sable pour le nid. Un bel exemple de ténacité !


Mais les saumons ne sont pas les seuls être tenaces que nous avons rencontrés sur notre route, Terry Fox en est un autre. Lors d'une pause sur aire au bord de la route, nous (re-)découvrons son histoire. Atteint d'une forme de cancer du genou, il est amputé de la jambe droite à 19 ans, en 1977. A 21 ans, il décide de se lancer dans le "Marathon of Hope", la traversée du Canada à pied, 42km par jour, pour attirer l'attention sur la lutte contre le cancer. Après 143 jours et 5373 kilomètres, il se voit obliger d'arrêter, le cancer continuant à progresser, en septembre 1980. Il meurt 10 mois plus tard, en le 28 juin 1981. Son exploit et son courage ont suscité une immense vague d'émotion et de soutien dans le pays, et ont permis de rassembler des sommes considérables pour la recherche contre le cancer. Son histoire est mémorable, et nous reprenons notre route, pleins d'émotions.
"Everybody seems to have given up hope of trying. I haven't. It isn't easy and it isn't supposed to be, but I'm accomplishing something. How many people give up a lot to do something good. I'm sure we would have found a cure for cancer 20 years ago if we had really tried" - Terry Fox

Devant le Mont Robson (3954 m)

Un peu plus loin, nous découvrons le Mont Robson (3954 m), le point culminant du Canada. Un peu caché par les nuages, il reste très impressionnant. La longue route vers Jasper continue, et il ne faut pas nous décourager si nous comptons arriver avant la nuit. Où que nous soyons, le même schéma se répète: route au milieu, avec de larges bandes de part et d'autres dont nous profitons allègrement, et d'un côté ou de l'autre la rivière, la voie de chemin de fer et le pipeline pour le pétrole albertain (de la province de l'Alberta, voisine de la Colombie-Britannique). C'est fou ce qui transite sur ces routes : beaucoup de pickup, avec des caravanes, des kayaks et des vélos, des minibus/camping car avec des voitures accrochées derrière (pour pouvoir circuler une fois installés !), mais aussi des camions en grand nombre. Le top 3 des chargements: des containers, des mobile-home (attention, s'écarter, c'est large !) et ... des tuyaux. Un nombre incroyable de tuyaux, avec un bon 50cm de diamètre. C'est que le pétrole boome vraiment là-haut, au Nord d'Edmonton, à Fort-Mac-Murray. On a croisé aussi un petit ours alors que nous voulions nous arrêter pour manger, un coyote qui nous a regardé passé, mais aussi un ours mort écrasé, que j'avais pris pour un pneu explosé de loin...

La route comme on l'aime !

Après le passage du Yellowhead Pass, qui est sur la  Great Continental Divide, nous arrivons en Alberta. Les petites gouttes d'eau ne fileront plus vers le Pacifique, mais vers la mer de Beaufort, au Nord ! Les 30km vers Jasper que nous pensions descendre ne sont finalement pas aussi faciles que prévu, et il faut pousser pour y arriver. 129km aujourd'hui, on est content d'arriver !

Welcome to Alberta !

A Jasper, on fait une bonne grasse matinée ! En ville, Frede boucle son dernier examen d'éducatrice assistante (avec succès !) et j'enregistre les vélos pour le voyage retour. On se ballade dans le coin et on profite d'un coin vraiment magique, une ville tranquille dans le plus grand parc national du Canada, entourée de grandes montagnes, de lacs petits et grands et de rivières. Le soir, on retrouve Jeff, un québécois que j'avais également rencontré il y a 3 ans, sa femme Annie et leur fille Gabrielle, qui a 6 mois. On est rapidement sur la même longueur d'ondes, et Jef est intarissable sur les questions du coin : les animaux, le pétrole, les bonnes routes, les bons plans ... Annie prend soin de Gabrielle. Elle aura la chance de grandir dans un super environnement, avec pleins de choses à faire tout autour ! Jeff nous donne rendez-vous le lendemain matin à 7h30, pour prendre la navette avec lui jusqu'au lac Maligne, un des joyaux des Rocheuses. 

Lever 6h, départ du camping 7h: c'est un record ! On monte avec Jeff dans un minibus. Il récupère les employés qui vont au lac, un peu comme un ramassage scolaire. Tout ce beau monde roupillonne tranquillement pour les 50km jusqu'au lac. Arrivé là-haut, chacun file à son poste, et nous aux hangars des kayaks. On en choisit un double, et c'est partie, à nous le lac Maligne. Le temps est plutôt couvert, et le plafond nuageux bas. C'est dommage, mais apparemment, ça devrait se lever. Effectivement, on aperçoit de temps en temps un petit sommet enneigé, mais qui disparaît rapidement. Je n'ai rien dit à Frede, ni sur la distance, ni sur les environs du lac, pour garder un peu surprise ! Elle découvre au fur et à mesure les beautés de celui-ci. Après 3h de pagayage intensif, on arrive à Spirit Island, et c'est magnifique. Les nuages sont sur le départ, et révèlent enfin un enchaînement des sommets enneigés, plus beaux les uns que les autres ! 

Un petit coin de paradis ?

On continue un peu pour nous trouver un petit bout de plage à nous, et profiter tranquillement du spectacle, tout en récompensant nos estomacs. Grosse phase de communion avec la nature ! Remember to Breath (N'oublie pas de respirer) comme ils disent ici. Un dernier coup d'oeil, et puis, il faut bien faire demi-tour. C'est qu'il y a encore du chemin ! On se retourne de temps en temps pour vérifier que ça n'a pas bougé. On retourne chez Jeff, Annie nous a encore préparé un super repas, et on partage un bon moment. 

24 août, 2h du mat', on emballe les vélos !

Vers 22h, on se dit enfin au revoir, on embarque nos affaires, et c'est parti pour 4h d'attente, jusqu'à ce que le bus passe enfin. La journée a été éprouvante, et on finit au bar, devant des matchs de tennis/golf/football US. L'heure vient d'aller se préparer, d'emballer les vélos et de les faire rentrer dans le bus. Petit malentendu avec le chauffeur, car j'ai mis les vélos dans un sac plastique au lieu d'un bon carton (je ne voulais pas les démonter, et la guichetière me l'avait conseillé), et il hésite à les prendre. A 2h du mat', on s'en serait passé, mais c'est passé. Cette fois-ci, c'est 10h de bus jusqu'à Vancouver !

De retour à Vancouver, quand est-ce qu'on repart ?

Et voilà, on l'a fait ! On charge les vélos en arrivant, et que c'est agréable de rentrer à vélo ! C'est encore l'été ici, il fait beau et chaud, c'est un plaisir. On arrive à la maison claqués, mais bien content de cette belle semaine dans les Rocheuses ! A refaire !

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